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Le dieu conditionné par la croyance
« Dites: nous croyons en ce qui nous a été révélé et en ce qui vous a été révélé; votre Dieu et notre Dieu sont un seul Dieu, et nous Lui sommes soumis (muslimun) » (Cor. 29: 46)
Ce que nous allons dire ici relève de l’allusion subtile (ishara) et non de l’exégèse (tafsir) proprement dite.
Dieu prescrit aux muhammadiens de dire à toutes les communautés appartenant aux « Gens du Livre »- chrétiens, juifs, sabéens et autres: « Nous croyons en ce qui nous a été révélé », c’est-à-dire en ce qui s’est épiphanisé à nous, à savoir le Dieu exempt de toute limitation, transcendant dans son immanence même, plus encore: transcendant dans sa transcendance même; et qui en tout cela demeure pourtant immanent. « Et en ce qui vous a été révélé », c’est-à-dire en ce qui s’est épiphanisé à vous dans les formes conditionnées, immanentes et limitées. C’est Lui que Ses théophanies manifestent à vous comme à nous. Les divers termes qui expriment la « descente » ou la « venue » de la révélation ne désignent rien d’autre que des manifestations (zuhurat) ou des théophanies (tajalliyat) de l’Essence, de Son verbe ou de tel ou tel de Ses attributs. Allah n’est pas « au-dessus » de quiconque, ce qui impliquerait qu’il faut « monter » vers Lui. L’Essence divine, Son verbe et Ses attributs ne sont pas localisables dans une direction particulière d’où ils « descendraient » vers nous.
La « descente » et les autres termes de ce genre n’ont de sens que par rapport à celui qui reçoit la théophanie et à son rang spirituel. C’est ce rang qui justifie l’expression de « descente » ou les expressions analogues. Car le rang de la créature est bas et inférieur alors que celui de Dieu est élevé et sublime. N’eût été cela, il ne serait pas question de « descendre » ou de « faire descendre » [la Révélation] et on ne parlerait pas de « montée » ou d »‘ascension » , d « ‘abaisser » ou d »‘approcher ».
C’est la forme passive [dans laquelle le sujet réel de l'action exprimée par le verbe reste occulté] qui est employée dans ce verset car la théophanie dont il s’agit ici se produit à partir du degré qui totalise tous les Noms divins. De ces Noms ne s’épiphanisent, à partir de ce degré, que le nom de la divinité (c’est-à-dire le nom Allah), le nom al-Rabb (« le Seigneur ») et le nom al-Rahman (« le Tout-Miséricordieux »). [Parmi les témoins scripturaires de ce qui précède] Allah a dit: « Et ton Seigneur viendra » (Cor. 89: 22), et, de même, on trouve dans une tradition prophétique: « Notre Seigneur descend… » Allah a dit encore: « Sauf si Allah vient » (Cor. 2: 210), etc. Il est impossible qu’un des degrés divins s’épiphanise avec la totalité des Noms qu’il renferme. Il manifeste perpétuellement certains d’entre eux et en cache d’autres. Comprends!
Notre Dieu et le Dieu de toutes les communautés opposées à la nôtre sont véritablement et réellement un Dieu unique, conformément à ce qu`II a dit en de nombreux versets: « Votre Dieu est un Dieu unique » (Cor. 2: 163; 16: 22; etc.) Il a dit aussi: « Il n’y a de dieu qu’Allah » (wa ma min ilahin ila Llahu, Cor. 3: 62). Il en est ainsi nonobstant la diversité de Ses théophanies, leur caractère absolu ou limité, transcendant ou immanent, et la variété de Ses manifestations. Il S’est manifesté aux muhammadiens au-delà de toute forme tout en Se manifestant en toute forme, sans que cela entraîne incarnation, union ou mélange. Aux chrétiens, Il s’est manifesté dans la personne du Christ et des moines, ainsi qu’il le dit dans le Livre. Aux juifs, Il s’est manifesté sous la forme de ‘Uzayr et des rabbis; aux mazdéens sous la forme du feu, et aux dualistes dans la lumière et la ténèbre. Et II s’est manifesté à tout adorateur d’une choses quelconque- pierre, arbre ou animal…- sous la forme de cette chose: car nul adorateur d’une chose finie ne l’adore pour elle-même. Ce qu’il adore, c’est l’épiphanie en cette forme des attributs du Dieu vrai- qu’il soit exalté!-, cette épiphanie représentant, pour chaque forme, l’aspect divin qui lui correspond en propre. Mais [au-delà de cette diversité des formes théophaniques], ce qu’adorent tous les adorateurs est un, leur faute consistant seulement dans le fait de le déterminer limitativement [en l'identifiant exclusivement à une théophanie particulière].
Notre Dieu, celui des chrétiens, des juifs, des sabéens et de toutes les sectes égarées, est Un, ainsi qu’il nous l’a enseigné. Mais Il S’est manifesté à nous par une théophanie différente de celle par laquelle Il S’est manifesté dans Sa révélation aux chrétiens, aux juifs et aux autres sectes. Plus encore: Il S’est manifesté à la communauté muhammadienne elle-même par des théophanies multiples et diverses, ce qui explique que cette communauté à son tour comprenne jusqu’à soixante-treize sectes différentes, à l’intérieur de chacune desquelles il faudrait encore distinguer d’autres sectes, elles-mêmes variées et divergentes, ainsi que le constate quiconque est familier avec la théologie. Or tout cela ne résulte de rien d’autre que de la diversité des théophanies, laquelle est fonction de la multiplicité de ceux à qui elles sont destinées et de la diversité de leurs prédispositions essentielles. En dépit de cette diversité, Celui qui s’épiphanise est Un, sans changement de l’éternité sans commencement à l’éternité sans fin. Mais II Se révèle à tout être doué d’intelligence à la mesure de son intelligence. « Et Allah embrasse toute chose, et Il est le Savant par excellence » (Cor. 2: 115).
Il y a donc en fait unanimité des religions quant à l’objet de l’adoration- cette adoration étant co-naturelle à toutes les créatures, même si peu d’entre elles en ont conscience- du moins en tant qu’elle est inconditionnée, et non point quand on la considère sous le rapport de la diversité de ses déterminations. Et nous, musulmans, ainsi qu’II nous l’a prescrit, sommes soumis au Dieu universel et croyons en Lui. Ceux qui sont voués au châtiment ne le sont qu’en tant qu’ils L’adorent sous une forme sensible exclusive de toute autre. Seule connaît la signification de ce que nous disons l’élite de la communauté muhammadiennne, à l’exclusion des autres communautés. Il n’y a pas au monde un seul être- fût-il de ceux qu’on appelle « naturalistes », « matérialistes » ou autrement-qui soit véritablement athée. Si ses propos te font penser le contraire, c’est ta manière de les interpréter qui est mauvaise. L’infidélité (kufr) n’existe pas dans l’univers, si ce n’est en mode relatif. Si tu es capable de comprendre, tu verras qu’il y a là un point subtil: à savoir que quiconque ne connaît pas Dieu de cette connaissance véritable n’adore en réalité qu’un seigneur conditionné par la croyance qu’il a à son sujet, et qui ne peut donc se révéler à lui que dans la forme de sa croyance. Mais le véritable Adoré est au-delà de tous les « seigneurs »!
Tout cela fait partie des secrets qu’il convient de celer à quiconque ne suit pas notre voie. Prends garde! Celui qui les divulgue doit être compté parmi les tentateurs des serviteurs de Dieu; et nulle faute ne peut être imputée aux docteurs de la Loi s’ils l’accusent d’être un infidèle ou un hérétique dont on ne peut accepter le repentir. « Et Dieu dit la Vérité, et c’est Lui qui conduit sur la voie droite » (Cor. 33: 4).
Al Amir Abd el Kader
Mawqif 246.
La place de la vierge Marie dans le Coran
Marie est une femme qui jouit d’un statut particulier dans le Coran. Marie est évoquée 34 fois dans les textes, c’est la seule femme nommée dans le Coran. La sourate « 19 » porte son nom et lui est entièrement consacrée. Elle est respectée dans l’Islam pour ses vertus, son humilité et sa piété qui en font un modèle de foi et de vertu. Elle est la femme pieuse et humble par excellence.
Notre lecture reste intimement lié à notre histoire, à notre éducation et à notre foi. La place de Marie dans le Coran mérite que l’on s’arrête un peu sur le Coran. Livre sacré pour les musulmans parole de Dieu, reçue par l’envoyé de Dieu Mohammed (psl) par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. Le prohète, en sa qualité de messager, la transmettait à son tour aux hommes telle quelle a été reçue et en était l’illustration parfaite par son comportement et sa manière d’être.
Parler de Marie dans le Coran pour le musulman c’est parler d’un exemple à suivre pour tous les hommes et les femmes soucieux de leur foi et qui souhaitent atteindre la vertu et la sagesse ; tous les hommes et les femmes qui aspirent au degré de complétude morale et d’accomplissement spirituel.
La mère de Marie s’appelait Anne (Hanna en arabe). Son père, descendant de Salomon, se nommait ‘Imarân fils de Yashihim qui n’a rien à voir avec ‘Imrân, père de Moïse, de la même manière qu’il ne faut pas confondre Marie, mère de Jesus avec Marie, la sœur de Moïse et d’Aaron.
Hamza Boubakeur écrit : certains non musulmans ont longtemps cru qu’il y avait dans le Coran une confusion entre le premier et le second ‘Imrân et par conséquent (…) entre Marie [sœur de Moïse] et la Vierge. Pourtant nulle part dans le Texte sacré et ses commentaires on ne trouve trace de cette prétendue confusion… Ibn Khaldûn, qui s’étend longuement sur la généalogie de la Vierge, dit : « Il est dit dans la révélation coranique : « Marie fille d’Imrân ». Mais qu’on sache que le mot ‘Imrân a comme sens en hébreu yû’aquim (joachim) (le Coran, traduction et commentaire, tome 1).
Imrân et Anne, qui vivaient à Nazareth , n’avaient pas d’enfants. Ils étaient déjà très âgés quand Anne implora Dieu de Lui donner un enfant et fit le vœu de le vouer au culte de Dieu : « La femme d’Imrân dit :« Mon Seigneur ! Je Te consacre ce qui est dans mon sein ; accepte-le de ma part. Tu es, en vérité celui qui sait »(Sourate 3, verset 35).
Une fille naquit et fut nommée Marie. Anne en fut déçue quelque peu. Elle souhaitait un garçon parce que selon la loi hébraïque, une femme n’avait pas le droit de mettre sa personne au service du temple. On n’avait ,dit tabari, consacré aucune fille pour y rester toujours, parce que la femme est sujette aux menstrues, et qu’une femme qui se trouve dans cet état ne peut pas rester au temple, ni toucher un livre, ni réciter les prières, tout comme un homme souillé par une impureté.
Dans le Coran Dieu dit :
« Après avoir mis sa fille au monde, elle dit : « Mon Seigneur ! J’ai mis au monde une fille. » , Dieu savait ce qu’elle avait enfanté : « un garçon n’est pas semblable à une fille dit-elle, Je l’appelle Marie, je la mets sous ta protection, elle et sa descendance, contre satan le réprouvé »(Sourate 3, verset 36).
Cette exclamation de la mère de Marie expliquait sa tristesse car elle ne pouvait pas réaliser son vœu , celui de consacrer son enfant au culte de Dieu dans l’enceinte du temple . Mais Dieu accepta d’elle cette fille , pour enlever cette différence qui fut instaurer par l’homme et non par Dieu.
Cette égalité est rétabie par Dieu…..
‘Imrân mourut avant la naissance de sa fille Marie. Zacharie fut désigné en qualité de tuteur. Cette désignation fut acquise après avoir recouru à un tirage au sort qui consistait à jeter des flèches dans une rivière : le gagnant était celui dont la flèche demeurait à la surface de l’eau. « tu n’était pas avec eux lorsqu’ils jetaient leurs roseaux pour savoir qui d’entre eux se chargerait de Marie » (Sourate 3, verset 44).
Dieu a envoyé l’ange Gabriel : «Il dit : » je ne suis que l’envoyé de ton Seigneur pour te donner un garçon pur. »(Sourate 19, verset 19) Elle dit : » Comment aurait-je un garçon ? Aucun homme ne m’a jamais touchée et je ne suis pas une prostituée. »(Sourate 19, verset 20) Il dit : » C’est ainsi ! Ton Seigneur a dit : Cela M’est facile. Nous ferons de lui un signe pour les gens ; une miséricorde de Notre part. C’est une affaire déjà décidée » »(Sourate 19, verset 21).
Tabari, célébre exégète du Coran, nous dit : les détracteurs prétendent que l’ange Gabriel n’est pas intervenu dans cet événement, mais c’est Joseph le charpentier qui a eu commerce avec Marie, et que Jesus est un enfant illégitime. Dieu a purifié Marie de tout soupçons, l’a louée et a rendu témoignage de son innocence. Il est dit dans le Coran : « Et Marie, fille de ‘Imrân, qui garda sa virginité. Nous lui avons insufflé de notre Esprit ; elle déclara véridique les paroles de son Seigneur ainsi que ses Livres : Elle fut des nombres des dévoués. » (Sourate 66, Verset 12).
Lorsque Marie sentit les douleurs de l’accouchement elle dit : « malheur à moi ! que je fusse déjà morte avant cet instant ! et que je fusse totalment oubliée » (Sourate 19, verset 23). Mais Dieu la réconforte et lui offre des dattes du palmier qui était au-dessus d’elle, et fait jaillir une source. Cette attention particulière venant de Dieu pour cette femme élue parmi les femmes est un enseignement pour nous.
Jésus dans ses bras, marie est retourné auprés des siens et les gens criait au scandale : « Elle se rendit auprès des siens, en portant l’enfant. Ils dirent : Ô Marie ! tu as fait quelques choses de monstrueux ! Ô sœur d’Aaron, ton père n’était pas un homme pervers, ni ta mère une femme de mauvaises mœurs »(Sourate 19, Versets 27 ; 28).
En l’appelant sœur d’Aaron, on donne à Marie l’épithète de sa tribu, parce qu’elle était de la tribu d’Aaron. Cette parenthèse est nécessaire car beaucoup de gens s’imaginent que le Coran fait une confusion entre Marie, mère de Jesus et Marie, sœur de Moïse et d’Aaron. Il est vrai que cette appelation d’une personne par le nom de sa tribu n’est pas habituelle en occident.
Dieu nous donne une parabole par l’exemple de Marie d’abord en tant que femme un être à part entière qui a son droit à la spiritualité, ensuite en tant que mère qui donne naissance à un homme de Dieu par excellence qui sera tout au long de son éxistence contre la violence et l’injustice fidèle à tous les autres messages…
Ô Marie Dieu t’a élue, Il t’a rendue pure, et t’a élue au-dessus de toutes les femmes de l’univers » (Sourate 3, verset 42).
Marie est un exemple et son histoire vient encore une fois par le récit qui est décrit dans le Coran témoigner de l’égalité homme femme dans la dévotion à Dieu et que la femme au même titre que l’homme est en droit d’aspirer à l’excellence, de développer un lien fort avec son Créateur et témoigner d’une intense spiritualité .
Marie a été spécialement choisie par Dieu, rendue pure, un modèle de foi en Dieu, de recours instinctif à Dieu, d’abandon à Sa volonté, de dévotion, de modestie , de piété et de recueillement, de silence respectueux, de prière et de jeûne.
Il y a plusieurs hadiths qui honore et réhabilite Marie et précise la mission de Jésus, notamment :
« la reine de toutes les femmes au Paradis » (Musnad, ibn Hanabl)
« Parmi les femmes, ceux qui sont meilleures moralement et spirituellement, il y a Marie … » (Tabari)
Conclusion :
Marie trait d’union entre les fidèles, et point de départ pour un dialogue fructueux. Un modèle dans son attention à Dieu, son obéissance à Sa parole, son aptitude au silence, à l’écoute et à la réflextion.
Dans l’Arabie pré-islamique, deux événements majeurs, en relation avec les chrétiens marquent le destin du Prophète : le premier, lors d’un voyage avec son oncle Abu Talib en Syrie à l’âge de 7 ans Mohammed est reconnu, à certains signes, par le moine chrétien nestorien Bahira. Le second a lieu lors de la première révélation du Coran au Mont Hira qui troubla le Prophète et c’est un chrétien dénommé Warraka, parent de sa femme Khadija, qui lui confirmera sa mission prophétique .
On peut aussi ajouter qu’au cours de la période mecquoise où les musulmans étaient oppressés le Prophète Mohammed recommande à ses compagnons d’émigrer vers l’Abyssinie chrétienne avec qui il entretenait une relation cordiale et amicale.
En effet, le Négus, roi d’Abyssinie, avait entendu parler du Prophète et lu les premiers récits coraniques parlant de Jésus et Marie. Ayant été touché par le respect avec lequel le Coran parlait de Jésus et de sa mère, il accorda sa protection aux premiers émigrés de l’Islam malgré la réprobation répétée des mecquois avec lesquels pourtant il entretenait un fructueux commerce. A sa mort, le Prophète Mohammed réunit ses compagnons et il fit avec eux une prière dans la mosquée de Médine pour le repos de son âme.
Un autre événement qui donne à réfléchir sur les relations qui existaient entre les deux communautés. Lorsque la délégation du Najrân (région se situant actuellement au Yémen) arriva à Médine avec soixante personnes et à sa tête un évêque pour voir le Prophète et passer avec lui un pacte d’alliance. Voulant prier il demandèrent un lieu pour célébrer l’office. Le Prophète leur suggéra que le meilleur lieu pour prier était sa mosquée : la maison dédiée à l’adoration de Dieu. Et pour la première fois la messe sera célébrée dans l’un des lieux les plus saint de l’Islam
On le voit, la reconnaissance et le respect de Jésus et de sa communauté existent dès le début de la mission du Prophète. Ainsi les rapports entre l’Islam et la chrétienté se trouvent dès le départ invités au dialogue et au respect mutuel. Comme les textes le prouvent, il existait un rapport fécond, d’une grande richesse d’échanges tant du point de vue intellectuel que spirituel.
Exposé de l’Imam Omar Mahassine
Administrateur du GIP-78 et Imam de la salle de prière de Carrières sous Poissy
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La place de Jésus dans l’Islam
Pour comprendre la place de Jésus (sur lui le salut et la paix) dans l’Islam il faut aller à la source, revenir au Coran : message divin révélé au Prophète Mohammed (sur lui le salut et la paix).
A l’avènement de l’Islam, il y avait de nombreux sujets de division entre les différentes communautés chrétiennes (les monophystes, nestoriens, priscilliens, ariens…) se réclamant du message de Jésus. Est-il fils de Dieu ? Dieu lui-même ? Quelle place accorder à Jésus ? Dans ce contexte le Prophète Mohammed, à travers la révélation coranique, va honorer et réhabiliter Marie et préciser la mission de Jésus.
Dans l’Arabie pré-islamique, deux événements majeurs, en relation avec les chrétiens marquent le destin du Prophète : le premier, lors d’un voyage avec son oncle Abu Talib en Syrie à l’âge de 7 ans Mohammed est reconnu, à certains signes, par le moine chrétien nestorien Bahira. Le second a lieu lors de la première révélation du Coran au Mont Hira qui troubla le Prophète et c’est un chrétien dénommé Warraka, parent de sa femme Khadija, qui lui confirmera sa mission prophétique .
On peut aussi ajouter qu’au cours de la période mecquoise où les musulmans étaient oppressés le Prophète Mohammed recommande à ses compagnons d’émigrer vers l’Abyssinie chrétienne avec qui il entretenait une relation cordiale et amicale. En effet, le Négus, roi d’Abyssinie, avait entendu parler du Prophète et lu les premiers récits coraniques parlant de Jésus et Marie. Ayant été touché par la vénération et le respect avec lequel le Coran parlait de Jésus et de sa mère, il accorda sa protection aux premiers émigrés de l’Islam malgré la réprobation répétée des mécquois avec lesquels pourtant il entretenait un fructueux commerce.
A sa mort, le Prophète Mohammed réunit ses compagnons et il fit avec eux une prière dans la mosquée de Médine pour le repos de son âme. Un autre événement qui donne réfléchir sur les relations qui existaient entre les deux communautés. Lorsque la délégation du Najrân (région se situant actuellement au Yémen) arriva à Médine avec soixante personnes et à sa tête un évêque pour voir le Prophète et passer avec lui un pacte d’alliance. Voulant prier il demandèrent un lieu pour célébrer l’office. Le Prophète leur suggéra que le meilleur lieu pour prier était sa mosquée : la maison dédiée à l’adoration de Dieu. Et pour la première fois la messe sera célébrée dans l’un des lieux les plus saint de l’Islam
On le voit, la reconnaissance et le respect de Jésus et de sa communauté existent dès le début de la mission du Prophète. Ainsi les rapports entre l’Islam et la chrétienté se trouvent dès le départ invités au dialogue et au respect mutuel.
Comme les textes le prouvent, il existait un rapport fécond, d’une grande richesse d’échanges tant du point de vue intellectuel, artistique, commercial et spirituel, malgré les affrontements d’intérêts politiques, économiques, qui jalonnent l’histoire, chacun utilisant ses références religieuses et dogmatiques pour justifier sa domination. Ce bref aperçu évoqué, quel regard porte le musulman ouvert et sincère sur Jésus (Sidna Aissa) très souvent associé à Marie (Myriam) ?
Il est considéré comme un être spirituel exceptionnel. Exception confirmée par le Prophète quand il annonce le retour de Jésus pour les temps messianiques où la paix, la justice, l’égalité triompheront enfin sur terre.
Donc dans la conscience musulmane le retour de Jésus est une espérance. C’est la fin d’un cycle apocalyptique au cœur duquel se trouvent les germes du renouveau. Dès lors les hommes s’uniront pour oeuvrer au bien de l’humanité et terrasser le mal.
Ce que je viens d’évoquer, concerne l’aspect extérieur, l’aspect temporel celui lié au sens de l’histoire. Il existe un autre aspect peu connu c’est celui de la place accordée à Jésus par l’ésotérisme musulman. C’est celui relatif au verbe incarné de Dieu comme le dit le Coran sourate 4, verset 171 :
Cela signifie qu’il est intemporel. II ne peut être ni cerné, ni connu, ni localisé. Le message spirituel de Jésus ne peut pas se révéler à celui qui ne va pas à la source même d’où émane cette réalité divine. Dans l’ésotérisme musulman (Tacawwuf – soufisme), il y a des stations (degrés spirituels) pour chaque prophète évoqué dans la Bible, et dans le Coran. La station de Jésus est particulière et parmi les plus élevées. Son enseignement délivre une spiritualité pure sans lien déterminé dans le temps et dans l’espace.
Cette réalité se révèle à celui qui fait l’effort soutenu d’arriver à cette station, à ce maqqam de Sidna Aïssa (Jésus). Celui-ci, délivre un message extraordinaire : la force de l’amour à puissance sur tout. Par sa naissance Jésus nous apprend que les lois physiques, et temporelles qui gèrent la création peuvent être bouleversées voire inversées par le divin, telle la résurrection des morts. Notre conception du divin se référant uniquement aux lois qui gèrent le monde manifesté est si limitée, qu’elle nous empêche de comprendre la mission de Jésus et sa station. De ce fait, son message demeure inconnu pour le plus grand nombre.
Pour les soufis, Jésus est l’émanation ou la démonstration physique que l’être par une voie initiatique peut retrouver l’essence universelle qui donne équilibre et harmonie au monde manifesté, mystère de la création. L’avènement du message mohammadien vient confirmer et révéler dans sa profondeur le contenu du message christique. Comme le dit le prophète Mohammed « Nul n’est plus en droit de se réclamer de Jésus et Marie que moi-même, car entre lui et moi il n’y a aucun prophète ». Ainsi le message mohammadien devient le miroir révélateur de Jésus car entre les deux prophètes il n’y a aucune altération, aucune rupture. C’est donc dans l’équilibre entre ses deux pôles que le mystère de la vérité se dévoile à l’homme.
Ce qu’on peut encore retenir du message de Jésus c’est que les valeurs matérielles du monde ne sont que l’ombre trompeuse des illusions qui nous égarent et exacerbent nos passions. A l’exemple de son entrée dans le temple pour le purifier, Il nous invite à se situer à la verticalité du Divin, symbole du soleil au zénith ou nulle ombre est perçue ou nulle illusion est permise. Par-là, l’homme est habité par l’esprit divin. Quant à Mohammed, il apporte lui l’équilibre de l’horizontalité, symbole du serviteur qui accepte totalement son appartenance au divin. Il se confie à Lui, et assume cette responsabilité d’en être le témoin dans le monde. Ainsi l’homme habité par le divin, réalise et manifeste l’état parfait de l’homme universel.
Selon l’ésotérisme musulman si Jésus de par sa naissance échappait aux lois physiques de la vie, sa mort devrait aussi échapper à celle de tout un chacun. Car il existe une réciprocité. Pour les musulmans en général et les soufis en particulier Jésus a été élevé à Dieu, n’étant d’ailleurs pas le seul puisque d’autres prophètes sont dans le même cas : Elie, Idris, Enoch, … Cette élévation est une occultation mais aussi une présence, une permanence.
Il était, n’est plus mais personne ne peut dire où il se trouve, ou qu’il n’existe plus. On ne peut le situer dans l’espace ou dans le temps, sans nier sa présence. Si on lui assigne une place, un rôle, une fonction même la plus sacrée, elle demeure en dessous de la vérité qu’il incarne car le message spirituel de Jésus est élevé et intemporel. Mais chacun par une démarche intérieure de purification, d’humilité, de pardon, d’amour peut retrouver l’essence de ce message, son parfum et sa béatitude.
J’ajoute qu’on pourrait aussi qualifier le message de Jésus de radical. Il ébranle la forteresse des croyances, des dogmes, des certitudes… notre conception limitée des choses de ce monde, qui n’ont de réelles valeurs qu’en étant rattachées à l’essence, à Dieu. Sans ce rattachement, les pouvoirs, les savoirs, les connaissances ne sont qu’illusoires. Le message de Jésus ne se comprend et ne se vit que dans l’amour absolu intransigeant et décapant.
Cette vertu, cet état d’être sont très difficiles à concevoir et à réaliser. Il suffit de voir comment nous vivons. Le constat est affligeant ! Quelles sont les valeurs qui déterminent notre époque ? Jésus est le verbe divin et les valeurs qu’il enseigne ne sont pas celles sur lesquelles reposent notre monde. Nous ne comprendrons son message et réaliserons cette transformation alchimique que par la quête de ces valeurs spirituelles et chevaleresques qu’il est venu pour nous enseigner.
Un message prophétique où l’homme est prêt à se sacrifier pour le bien être d’autrui afin que la Vérité demeure parmi nous. Ainsi il triomphe de l’absurdité de son égocentrisme , il renaît et il vit dans le monde parfait de l’Essentiel.
Qui laisse croire qu’il n’existe aucune réalité, hormis celle que l’homme s’impose dans ce conflit permanent avec lui-même et avec son prochain ? Incapable de pardonner car incapable de se pardonner. Aujourd’hui nous sommes dans les situations où le message de Jésus semble d’une urgence capitale, voire vitale. Notre monde est gravement malade, seule une médecine radicale peut le soigner.
Pourquoi tant de misère et de haine, de conflits et de corruption ? Au nom de qui ? Pour servir quels intérêts ?Au nom de Dieu ? Au nom d’Allah ?… Quel est le sens d’un monde en démence où personne n’ose dire la vérité par peur d’être incapable de la vivre et d’en assumer la responsabilité et les conséquences. La vérité est exigeante comme l’est le message de Jésus. Dans l’atmosphère dramatique de notre époque qui peut concevoir que pour trouver Dieu il faut tout donner. Quel est le pays, la communauté, l’être capable de tout donner pour tout recevoir ?
Dans le monde actuel ne pas tricher avec soi-même soulève mépris, ironie et sarcasme. Pourtant nous allons vers un monde qui nous impose d’ être et non de paraître. Humain se conjugue au verbe être et non au verbe avoir. C’est à ce prix que nous pourrons résister au chaos qui nous attend.
Que Dieu accorde sa grande miséricorde à tous les innocents qui périssent par la faute de l’incompréhension et de la bêtise humaine.
Cheikh Khaled Bentounès
Fraternité soufie Allawiyya, Président honoraire de l’Association Internationale des Amis de l’Islam, France. Président d’Honneur de l’Association Terres d’Europe























